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article - républicain lorrain - 26/09/2010

Professeur de maths, Philippe Mercier a le sens de la formule. Dans la vie réelle, il enseigne en collège. Mais dans son bureau, à Château-Salins, il se connecte et répond sur son site internet aux problèmes de ses élèves virtuels.


Philippe Mercier est un démineur. Il travaille un terrain abstrait jonché de symétries, de fonctions, de probabilités, de calculs. Point de formule, ni de définition à apprendre par cœur, ce professeur de mathématiques ne s’encombre pas d’un vocabulaire indigeste et mise sur le petit déclic. Il s’exprime d’une voix grave et rassurante. Gribouille beaucoup. Fait marcher son imagination jusqu’à ce que l’œil de son interlocuteur se mette à briller. « C’est ça la pédagogie », sourit-il. En vingt-sept ans de carrière au collège de Morhange, Philippe Mercier connaît son métier. « Je sais quel mot, quel dessin va permettre de débloquer la compréhension de l’élève. »

Mais Bill Gates et windows ont révolutionné sa vie. Passionné par l’outil informatique avant de l’être par les mathématiques, Philippe crée en 1995 un premier programme, Mathoutor, dans lequel il donne ses premiers cours informatisés. Le nom de son association , Logedu,est toujours gravé sur la porte de son bureau à Château-Salins. Son logiciel s’est vendu dans toute la France et continue de s’expatrier en Suisse, au Sénégal, au Burkina-Faso. « C’est merveilleux de se dire qu’en restant à Château-Salins, j’aide des personnes à travers le monde. »

Grâce aux droits touchés sur Mathoutor, le prof s’est aménagé un bureau à la hauteur de ses aspirations : caméscope, spots lumineux, micros, écrans plats, ordinateurs puissants, il est passé au niveau supérieur et diffuse ses cours sur internet depuis 2004 ( maths-videos.com). « A l’époque, c’était un petit truc… » Mais les premiers tests sur des élèves peu inspirés par les nombres relatifs et les théorèmes ont été concluants. « Lorsqu’il est devant l’écran, l’élève est en réception maximale, son attention est multipliée par cinq. »

Eloges des parents
Exercices vidéos, supports théoriques, forum, l’enseignant passe ses mois d’août à actualiser le contenu des programmes destinés aux collégiens. Fractions, volumes, angles, le programme est truffé d’illustrations, de commentaires. A 51 ans, Philippe passe au minimum six heures par jour devant sa machine. « J’y suis dès 5h ; je ne dors pas, de toute façon… ». Alors, il prépare ses interventions et répond en ligne aux questions de ses élèves virtuels. Ses services sont gratuits. Son engagement total.

Cette dévotion ne laisse aucun parent d’élève indifférent. « C’est un saint », glisse la maman de Théo. Le jeune garçon en classe de 3 e est déficient visuel. Philippe Mercier lui a trouvé un ordinateur et des écouteurs pour suivre son cours presque normalement. « En classe, M. Mercier est attentif à chaque personne. Il est conscient des difficultés de certains. Il les stimule, les encourage », renchérit un autre parent, conquis. Les collégiens qui n’ont pas eu la chance de passer dans ses rangs se rattrapent en ligne. « Ma fille aînée avait du mal à assimiler certaines notions théoriques. Avec M. Mercier, c’est devenu une évidence. Il prend un compas, une équerre, un crayon, le gamin peut faire la même chose à son bureau. » La clef de ce succès repose sur des exemples concrets utilisés par l’enseignant. « Il se sert d’objets de la vie courante pour illustrer ses propos. Une boîte d’allumettes devient un parallélépipède », raconte un père de famille.

800 visiteurs par jour
La réputation de l’enseignant a largement dépassé le Saulnois. Son pouvoir pédagogique lui vaut la reconnaissance de nombreux élèves et collègues. Les témoignages postés chaque jour sur son site en sont la preuve, les sollicitations médiatiques en sont une autre. Philippe Mercier ne masque pas son enthousiasme. 700 à 800 personnes parcourent son site chaque jour. « J’aime savoir que ça marche. C’est gratifiant », confesse-t-il avec modestie.

Cet investissement ne relève pas que de sa lubie pour la transmission d’un savoir. Ancien acteur engagé dans la vie politique et associative, cette page s’est tournée lorsque le cancer l’a condamné à l’inactivité, au début des années 1990. L’informatique lui a permis de rester connecté et de se sentir utile, sans frontière. « Sur le net, tout est horizontal, il n’y a pas de hiérarchie. » Mais dans la vraie vie, l’Éducation nationale n’est pas prête à suivre Philippe dans ses ambitions. « Mais c’est comme en maths, l’amateurisme a ses limites », regrette-t-il. Lui aimerait développer des commentaires en langues étrangères et s’attaquer au programme des lycéens. Son projet, résolument altruiste, pourrait ainsi croître de façon exponentielle.

Frédérique THISSE.



M6 - 22/09/2010